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lundi 7 mars 2016

''Tchimo AU BOUT DU VOYAGE'' PREMIERE PARTIE.





                                 TCHIMO



                  ''AU BOUT DU VOYAGE''

                                               

                                     
                                                              PREMIÈRE PARTIE 

                                              
                                                  AVANT - PROPOS

 J'ai subi les disciplines militaires,une éducation rigoureuse,élevé dans la religion catholique, enfant de cœur j'ai servi la messe, encore vierge à 22 ans.

 Dans le cadre de mon activité depuis ma quinzième année,à la Direction des Constructions et Armes Navales,''D.C.A.N," j'ai réussi à un concours pour suivre des cours de perfectionnement dans l'électronique au collège Bouvière à Toulon.

 J'ai sombré dans la délinquance, développée à mon retour d'Algerie le 26 Mai 1962,en ayant toujours visé de me reclasser à terme.

 "Police, Commissariats, Palais de Justice, Prisons, me sont familiers"
                                                                                                                                                                 
   Raymond Marti Darmon
                                                    
                                                                         ------


 Le navire ralentit déjà son allure,bientôt je débarquerais à Marseille, ce matin là, le temps est à l’orage, une joie sauvage m’envahit, cette fois libre de mes actes je vais pouvoir disposer de ma volonté sans aucune discipline à subir.

 Quelques mois plutôt, j'ai été libéré de 34 mois de service militaire après avoir été muté à Sétif à la 31eme flottille héliportée de la marine, je venais de rompre avec ma fiancée Danièle Mendoza domiciliée à Gambetta que je fréquentais depuis des années et j'ai mal.

 Comme je me laisse aller à mes souvenirs, je remémore mes années d’enfance, les différentes époques d’une évolution de ma personnalité où chaque jour m’apprenait que je me suis trompé la veille, c'est l’âge où je me trouvais une excuse erronée à chacune de mes petites erreurs, l'âge où je fus heureux.

 Malgré le mécontentement de ma mère à ce départ, mon père se montra sceptique, il ne tenta pas de m’en dissuader.

 Une valise dans chaque main, les oreilles bourdonnantes, je suis les passagers se dirigeant vers la passerelle, je ne tiens plus en place, dans un moment je serai dans la Micheline pour arriver au «BOUT DU VOYAGE».

Comme dans un rêve, j’entends le Chef de gare:Toulon, dernier arrêt tout le monde descend.

Je me dirige vers la sortie, cette pluie fine est pour moi un présage de bienvenue, mes bagages mis à la consigne,je m’éloigne en marchant droit devant moi pour aboutir sur une immense place,de nombreuses personnes protégées par un un parapluie attendent leur bus, certaines ont un regard étonné en me voyant nu-tête, trempé,avancer sans accélérer l'allure je rentre dans un bar, au comptoir je commande une boisson chaude, je m’inquiète auprès du barman d’une rue du centre ville où je dois me rendre.

 Une femme âgée m’ouvre, je l'informe de mon identité, je la suis dans une pièce très vaste, elle se déplace avec peine, je lui relate ma situation, la brave dame parait choquée à l’idée que je sois séparé durant l’année scolaire de ma famille, ''dans une ville comme celle-là dit-elle!'', J'ai fait mine de l’approuver, ainsi quelques heures après avoir débarqué, j’ai trouvé à me loger.

 Je me suis endormi très tard,j'ai longtemps écouté la pluie, c’est pour moi ma première nuit libre de mes décisions.

 Les jours se succèdent suivant un programme d’études bien déterminé, la fin du mois de décembre approche, l'année 1958 s’écoule, j'ai réussi l’examen d’essai du premier trimestre, des élèves sont éliminés.

 La vieille dame remplace ma mère en insistant souvent sur le fait que je me couche trop tard, je décide de changer de pension.

 J'ai pu trouver à me loger au Mourillon, la personne m’ayant hébergé,une quarantaine d’années me présente ses enfants et son mari avec lesquels je sympathise.

 Quelques jours plus tard à ma sortie des cours, un camarade propose de me déposer, sur son scooter nous voilà partis, nous n’allons pas loin, je me sens aller brusquement de l’avant à la suite d’une forte secousse et projeté à quelques pas de là. le piéton se frotte la cuisse, mon ami s’affaire sur sa Vespa, je ressens une vive douleur au poignet.

 Peut après,j'entre dans ma chambre, salue au passage la propriétaire faisant sa lessive dans la cour, la fenêtre est ouverte, elle m’observe,je tente d’enrouler un foulard autour de mon poignet,je lui relate l’incident, il vous faut voir un docteur dit-elle, puis elle vient remplacer le foulard par une bande velpo.

 Je m’éveille comme à l’accoutumée vers les sept heures, le réflexe de sauter du lit est balayé par les quelques jours de repos prescrits par le médecin,je somnolais encore lorsque la porte de ma chambre s'ouvre brutalement, la propriétaire légèrement vêtue, confuse,surprise et s'excusant referme la porte en se retirant rapidement, tout devient calme.

 Un peu plus tard,elle frappe à la porte, elle tient un plateau, me propose un petit déjeuner, pardonnez mon intrusion tout à l’heure, j'allais faire votre chambre,je vous croyez parti, je ne prête pas attention à ses paroles, mon regard ne peut se défaire des charmes de la femme, elle s’en rend compte, pose le plateau pour se retirer, je bafouille quelque chose au sujet de mon poignet, freine son élan et me conseille des massages, je défais la bande, elle s’avance et saisit la velpo et *bande mon poignet.

 Je sens son corps dur,le bout de ses seins pointe le tissu,brusquement elle quitte la pièce et revient peu après, pommade et bandes dans ses mains, elle porte une robe de chambre, puis c’est tout, elle se retire d’un trait.

 Je reprends les cours, mon esprit ailleurs, mes professeurs me conseillent d'être plus attentif, étourdi et souvent absent, je finis par ne plus être interrogé, il s’en faut de peu que je sois éliminé à l’examen du second trimestre.

 Cet après midi là,je suis appelé au bureau du directeur, surpris en l’écoutant me dire, une tante de passage à Toulon demande à vous voir, on fait rentrer la tante, stupéfaction en la reconnaissant, vêtue d’un tailleur gris, elle parait encore plus belle, le directeur lui lance plusieurs œillades de convoitise et ne refuse pas lorsqu'elle demande mon après-midi.

 Trois heures après, mon pucelage s’envole dans un hôtel de la ville, la femme s’acharne sur moi, je sors de la bataille plein de marques, déçu mais guéri d’elle.

 L’examen final approche,il me faut quitter le Mourillon au plus vite, la propriétaire sent mon indifférence et prend des risques.

 Ses enfants semblent moins aimables, le père se querelle presque chaque soir des éclats de voix me parviennent.

 L’atmosphère est lourde, ce matin je profite de leurs absences, on me croit au collège, je prends mes affaires et laisse un mot avec le montant de deux mois de loyer.

 Pierre un ami m’héberge et m'invite à l'occasion de l'anniversaire de sa fiancée, quelques couples dansent lorsque j’arrive, je fais connaissance de Nicole Garcia.

 Je me sens mal à l’aise, oppressé,gêné par ce monde que je ne connais pas, j’avale coup sur coup deux verres de gin, j’assiste à la fête mon esprit ailleurs, une nouvelle dose m’apporte l’aplomb, l'heure tardive m’oblige à rompre.

 C'est jeudi allongé sur le divan j’écoute des disques de Jacques Brel, lorsqu'on frappe, Nicole est devant moi, je lui dit Pierre est chez le coiffeur, il ne va pas tarder.

 Une semaine plus tard,la fille lascive, et sensuelle, toute une nuit se donne, vingt quatre heures après, sans domicile, une valise dans chaque main, je perds un ami.

(( ''Bien plus tard, j’apprendrai par Nicole la naissance de notre fils Raymond, je ne l'ai les vu qu'une seule fois, j'ai tenté en vain de les revoir en me rendant à la Seyne sur mer ou vivait sa famille '')).

 Laissant mes frusques dans un bar, je me rend dans un autre quartier du Mourillon avec l’espoir de trouver à me loger, j’ai du mal à trouver le numéro que je cherche, tout en méditant de ne pas avoir une nouvelle aventure à ma prochaine location.

 Le numéro 18 n’existe pas, la rue s’arrête au numéro12, *tout s'arrête là! devant l'entrée de l’immense maison portant ce dernier numéro une personne s’affaire au nettoyage, je m’informe, elle me répond dans un accent italien très prononcé,
tournez à droite la rue se prolonge à une cinquantaine de mètres.

 je me rend au numéro 18, je sonne une fois,deux fois, rien!personne ne répond, je retourne sur mes pas,la dame du n°12 est toujours là,j’arrive à sa hauteur, merci Madame,j’ai trouvé porte close, je repasserais plus tard.

 J’allais m’éloigner,en m’excusant je sollicite une autre information, je lui parle de ma situation, elle réplique vous pouvez trouver, personnellement je n’ai jamais hébergé d’étudiant chez moi, j'ai rétorqué pourtant cette villa est immense, elle sourit et me demande d'entrer.

 Dans une cour de deux cents mètres carrés,un énorme cyprès domine de plusieurs mètres la plus haute maison, plusieurs cerisiers en fleurs au milieu de rosiers blancs donnent l’impression d’un petit paradis, j’escalade les quelques marches me séparant du perron, à ses extrémités deux portes fenêtres donnent sur deux grandes pièces, au milieu la porte principale,je suis mon guide le long d’un corridor suivi d’une marche d’escalier, à droite le grand salon et la cuisine, à gauche une pièce servant d'atelier de couture et une salle d'attente complètent le rez de chaussée.

 Quelques marches franchies, le premier étage avec deux chambres et une salle de bains,
au second deux nouvelles chambres, la visite se termine sur une terrasse, une vue magnifique complète le charme de la vaste demeure.

 Je répète sans cesse,ce serait formidable!,elle répond nous ferons une exception si mon mari veut bien vous héberger ces prochains mois, je prends congé en promettant de revenir le dimanche matin connaître la décision.

 Je passe les quarante huit heures me séparant du rendez-vous dans une chambre d’hôtel à préparer mon programme de révision, je me suis aussi fait couper les cheveux.

 Il n’est pas encore onze heures, c’est je jour ''J'', vêtu d’un complet léger, ma chemise blanche ressort favorablement, je me rend au Mourillon, le portail s’ouvre, dans la salle à manger l'homme me tend la main

 De nouveau je relate mon histoire, répond à ses questions, il consent à me louer les chambres du 2ème étage pour 30 francs par mois,je vais me confondre en remerciements lorsque la porte s’ouvre, une jeune fille, quinze ans à peine s’avance prononce un bonjour indifférent, puis ressort après avoir pris quelques livres.

 J'entame le troisième trimestre,j'ai le désir d'ouvrir mes bouquins mais je ne résiste pas à l'envie de sortir et je rentre très tard, un matin la dame en me servant le petit déjeuner me sermonne, il vous faut rentrer plutôt, vous n’étudiez guère!, s’il est vrai que votre repas du soir est la cause de vos sorties, nous sommes disposé à vous l’offrir, j'ai repris mes études avec sérieux, au moment où mes camarades terminent leur révision.

 Dans la salle à manger, la soupe est servie, à ma gauche Madame Dada, à droite son mari, j'ai en face de moi leur Elysabeth portant une robe rouge la rendant encore plus jeune, à ses côtés Jean orphelin de père et de mère que cette famille reçoit une fois par semaine depuis plusieurs mois, sur le meuble en face, le buste d’un petit garçon taillé dans le plâtre est celui de leur enfant décédé dans sa douzième année.

 Les égards dont on m’entoure m’oblige au respect des heures d’entrée, un soir pendant le souper,la discussion s’engage sur le prochain départ de leur fille en Angleterre dans un groupe scolaire, je me sens contrarié.

 Les jours suivants,je languis d'être dans cette maison, c’est avec impatience que j’attends la fin des cours pour me retrouver dans ma chambre en attendant l'heure du souper.

Un dimanche,je refuse l’invitation de ces gens allant passer l’après-midi à la Sainte Baume, l'orphelin les accompagne.

 Je m’éloigne rapidement,un peu plus loin, je guette leur départ, me voilà dans le corridor,
sur la droite une penderie, j’enfouis mon visage dans l’imperméable d'Elysabeth.

 Dans ma chambre,je m'interpelle et les heures passent, je ne sais plus ou j'en suis et je décide de quitter cette maison, en hésitant je prépare mes affaires, les heures passent...

 La propriétaire est là, m’interrogeant du regard, il me faut partir Madame,pourquoi? que se passe-t-il?, je cherche un prétexte qui parait ridicule, la soupe m’est amenée inutilement.

 Il est minuit,je décide de ne pas aller plus loin, nouvelles hésitations, sans trouver le sommeil la nuit se termine.

 Au matin,dans la cuisine, je prends le petit déjeuner, la dame est bouleversée, elle veut savoir et insiste,il faut que je parte, il me faut partir,pourquoi? j’exprime ce que je ressens et mon désespoir, c’est une gamine,s’écrit-elle!,mais c’est pour ça qu’il me faut partir Madame!

 Je me réfugie dans ma chambre où je m’enferme, je manque les cours une fois de plus.

 Dans le salon,le père ,la mère, un ami que je ne connais pas forment un conseil de famille, ils décident de ne rien changer.

 Je reprends ma révision, je donne quelques leçons de math à Elysabeth, pendant un de ces cours, l’algèbre n’est pas le plus fort, je lui demande de répéter ce que je viens de dire, son regard brillant me fixe, j’essaie de donner le change en parlant, Je ne sais plus quoi faire, ses lèvres se pincent, ses yeux toujours fixés sur moi, des larmes coulent sur ses joues, j'appelle sa mère, Elysabeth ne cesse de murmurer, méchant, méchant…..

 Ce jour là,à la plage,l'orphelin nous accompagne, avec facilité Elysabeth nage, Jean la suit,je fonce en brassant l'eau à l'arraché, si je cesse mes mouvements je coule, je ne sais pas nager, voilà que le bougre retourne, je m’accroche en buvant plusieurs tasses j’atteins le rivage, personne n’a rien vu.

 L'impalpable mène la danse, Elysabeth en me coupant des ongles trop longs, des cheveux trop épais, m’apporte la nourriture dont j’ai besoin, le lien se resserre, le locataire devient plus intime, je participe à toutes leurs soirées.

 Ce matin là,je descends les marches conduisant au premier étage, à ce niveau je me trouve, Elysabeth dans sa robe écarlate s’avance, sans réaliser nous sommes dans les bras l’un de l’autre, l'espace d’une seconde elle se libère et se réfugie dans la salle de bains.

 Une semaine avant à la sainte baume j'ai prié pour avoir l’amour d'Elysabeth, je me prosterne ce même jour dans l’Eglise du quartier pour remercier la Vierge.

 Le merveilleux bonheur de ces jours là, m’a comblé pour toujours d’un des plus beaux miracles de la vie, du moins c'est ce que je croyais, *j'aurais du me faire la malle.

 Les jours passent et ne se ressemblent pas,les premiers rayons de soleil réapparaissent, nous sommes sur la terrasse,c’est une nuit sans lune, il fait bon main dans la main Elysabeth et moi, sa mère raconte une belle histoire je leur promet le bonheur, ce n’est pas la première fois que je répète à celle qui m’appelle son fils de rendre sa fille heureuse et les jours passent...

 Dans le jardin,nous sommes assis, à mes côtés Elysabeth, les paroles du malheureux orphelin résonnent:''elle ne t’aime pas'',j'aurais pu faire ce que je voulais d’elle, mais je l'ai respecté, je la respecte aussi, mais des sentiments désagréables me tourmentent.

 Elysabeth me confie qu'un parent âgé l'a contrainte à avoir des rapports sexuels, lorsqu'elle avait douze ans.
suffoquant et blême, j’appelle sa mère, l’instruisant de la chose, je la supplie d’accepter mon départ, mon amour est violent, ma passion me fait peur,j'avais toujours rêvé d'épouser une vierge.

 Mes affaires sont prêtes, barricadé dans ma chambre,derrière la porte, la mère en pleurant m’appelle, me parle de son fils mort, me conjure de rester, pour elle c’est comme si «Dieu» en m’envoyant vers eux voulait la consoler.

 Elle m’affirme contre vents et marées la virginité de sa fille, ce même jour, je coince le parent dans un coin de la ville bégayant et surpris il reconnaît, pourtant dans une école d’ingénieurs, il a été un brillant élève.

 La mère décide d'emmener Elysabeth chez un médecin pour qu’il atteste la virginité de sa fille!, Le père est au courant,triste mais ferme me laisse seul juge, je lis un immense chagrin dans ses yeux et je ne pars pas.

 Ma dépression nerveuse s'amplifie,un médecin prescrit un traitement,dans l’immense maison le drame continue.

 Le lendemain à l’heure de l’angélus Elysabeth est auprès de moi, je tente de l’embrasser,je la vois stupéfait, essuyant ses lèvres en disant,c'est sale!.

 Quelques jour après,dans la salle à manger, je pose ma main sur le buste de son fils comme me le demande sa mère et je promets d’épouser Elysabeth.

 Cette fois l’examen final est à trois jours, malade, je vais tenter l’impossible, tout le programme sur mon bureau,ces livres, je dois les parcourir dans ce délai.

 Les soixante candidats attendent calmement l’heure des premières épreuves, je me sens bouillir.

Les professeurs sont déroutés,jamais interrogé,souvent absent,selon la belle mére je viens d’obtenir les meilleures notes de la promotion.

Les lettres de ma mère tout le long de l’année scolaire expriment ses craintes,mon retour c'est pour bientôt, elle a attendu impatiemment la fin du stage et nous y sommes.

Que vais-je devenir sanglote Elisabeth, je la serre contre moi,je l’aime,je promet de revenir.

Une valise dans chaque main je retourne au pays,ma mère ne peut retenir son émotion,elle est surprise, n’ayant pas été avisée de mon retour,mon père et mon frère Guy arrivent de leurs occupations et partagent sa joie,le Georges encore un bébé,on est satisfait de mes résultats scolaires,je relate ce qui se passe,Elysabeth est enceinte,tu vas retourner et faire ton devoir me dit ma mère,avant je vais leur écrire!

Par retour de courrier,j’informe Elysabeth,ses lettres sont brûlantes,naïves, les miennes ne le sont pas moins.

J'obtiens un congé administratif de quarante cinq jours.

Au Mourillon dans la petite église,je tiens ma promesse,ma mère pleure et rit en même temps,Elysabeth est très belle dans sa robe de mariée.

Les jours suivants je les passe dans ma chambre,souvent en se donnant de toutes ses forces mon épouse réussit à m'apaiser.

Mon congé se termine,je dois repartir,traverser l’océan et reprendre mon activité,ma belle mère promet ma mutation à Toulon et refuse le départ de ma femme dans l’immédiat,mais convient qu’elle me rejoindra rapidement, durant plusieurs mois mon attente sera vaine,je sollicite un congé sans solde pour rejoindre Toulon.

J’essuie un refus,je plaque l’employeur et laisse mes parents bouleversés. l'année 1959 s’est écoulée,il me reste à peut près trois mois de salaire.

J’atterris à nouveau,je franchis le seuil de la grande maison,ma belle mère surprise s’empresse d’aviser Elysabeth de mon arrivée,je cours vers sa chambre,ma drogue est là,pleurant de joie elle se blottit dans mes bras,je m’écroule sur le lit, elle me suit,un peu plus tard j’embrasse ses parents.


Tu devrais être gentil avec maman dit souvent Elysabeth,ma détermination à vouloir vivre avec elle sans ses parents est notre conflit.

Nous sommes au mois de juillet 1960,la naissance de Flore adoucit notre vie, c’est mon réveil matin,mais ce rayon de soleil ne peut venir à bout de ma dépression.

Pour tout arranger,je reçois une lettre de licenciement de la D.C.A.N.

Ma belle-mère est dans le salon,elle coud,j'entre en disant je veux vous parler,que veux-tu? permettez moi de partir avec Elysabeth et Flore,laissez-nous partir ou ça finira mal,je suis malade et si vous désirez me voir guérir, acceptez.

Ce même jour, je supplie mon épouse de m’aider,je lui relate ma conversation avec sa mère,je quitte tous les soirs le domicile.

Mon épouse finit par accepter de venir à ORAN,je compte reprendre du service à D.C.A.N en expliquant à la direction ma situation,heureux,j’ai pris les billets d’avion,mon malheureux beau père revient d’une convalescence qui l’a retapé,toute cette salade le dépasse,si ça continue,c’est la rechute,cette pagaille risque de lui faire perdre les kilos qu’il a pris,des scènes violentes s’en suivent provoquées par une mère qui tente désespérément d’empècher le départ de sa fille.

Je languis d’ètre à jeudi pour embarquer,ce matin là, je m’éveille tôt, j’appelle Elysabeth,pas de réponse,elle doit être à la cuisine! en sifflotant, je continue à me raser.

Ma toilette terminée,je parcours les pièces du Rez-de-chaussée,il n’y a personne.

Dans le jardin la servante est occupée au nettoyage et semble ignorer où elles sont.

Je suis inquiet,les heures passent,le portail grince,c’est mon beau-père arrivant du travail,il me demande où sont sa femme et Elysabeth!

L'avion décolle dans quelques heures! j’imagine un tas de choses,il n’y a pas de fumée sans feu, peu après la porte s’ouvre,ma belle mère est là,son regard est dur.

Où sont ma femme et ma fille?elle répond à la clinique Sainte Vincent, une parole en italien à son mari.

Je suis dans la rue, ma voiture démarre rapidement, me voilà dans le parc de l’établissement médical où je me gare,je me précipite dans le hall,j'informe une infirmière de mon identité,elle me dit d’attendre et s'éloigne.

Je suis mort d’inquiétude,l'infirmière revient et me dit,votre femme est ici,votre fille aussi,soyez rassuré,le médecin interdit provisoirement les visites,mais sa mère en sort à l’instant lui dis-je, elle bafouille, bredouille, hésite et réplique,le médecin s’oppose à votre visite,votre femme ne veux pas vous voir.

J’ai sûrement mal entendu,je m’écroule sur un siège,je demande à voir ma fille,l’infirmière s’éloigne et revient, dans ses bras mon bébé,peu après elle m’arrache difficilement Flore pour aller la remettre à sa mère,je suffoque en suivant la femme vêtue de blanc qui me demande de la suivre,elle me permet de parler devant la porte fermée du numéro 9, de l’autre côté c’est le silence, quand tout à coup on frappe en hurlant au secours, je suis paralysé,je n’ai plus de voix,tel un ivrogne,je descends les marches me conduisant au palier.

J'entends une communication téléphonique, on avise la Police de ma tentative de forcer la porte d’une malade, je m’en peux plus, je m’affaisse à nouveau, je tente de parler,de dire ce qui s’est passé, les mots ne sortent pas,je suis haletant,le souffle me manque.

Le fourgon noir est déjà là, quatre policiers en tenue,suivis d’un commissaire font irruption dans la salle,on me passe les menottes,je tente de protester,je n’ai pas touché à la porte!

Ah! oui rétorque le commissaire, allez embarquer moi ça!

Le commissariat du quartier me semble un enfer,ballotté d’un bureau à l’autre,je débite ma peine,on s’en fout, tu as battu ta femme,tu l’as menacé de mort!les yeux me sortent de la tête, ces fauves m’abrutissent de questions.

«BEN! SI C’EST ÇA LA POLICE!»

Ma faiblesse les rend dingues, on me bouscule,mais de là à me faire dire ce qu’ils prétendent,je préfère les voir crever de rage,ma belle mère arrive une boite de cartouches dans la main suivie d’un agent tenant une carabine.

Les poignets liés, j’atterris en cellule au Commissariat Central.

Ne t’inquiète pas,demain on te rendra ta liberté, allez manges!

J’avale une bouchée que je crache aussitôt,je me languis d’ètre devant les juges,je compte bien me défendre et m’expliquer.

Une nuit d'orage interminable,le matin enfin, la porte du cachot s’ouvre, un policier me restitue la montre et les lacets de mes chaussures retirés la veille,
peu après un fourgon m'emmène au Palais de justice,un inspecteur m’accompagne et me dirige dans un bureau.

je suis surpris,je constate qu’il n'y a qu'une seul homme accompagné d’une secrétaire, où sont donc les autres? peut-être que pour mon cas,un seul suffit! Ironie.

L’homme sur un ton coléreux,poursuit un interrogatoire que je connais par cœur depuis hier,consternation il me fait taire à chaque tentative de ma part de dire la vérité.

Je m’énerve et je l’envoie sur les roses,il n’y a pas dix minutes que je suis dans la pièce,signez me dit-il! rien à faire, la méthode durcit et je ne signe rien,d'une seul trait il est debout,les yeux exorbités,en prison dit-il à deux agents de police qui viennent d’entrer,après qu’il ait actionné une sonnerie.

Je n’ai pas le temps de me rendre compte que mes anges gardiens se précipitent sur moi comme sur une proie et «vlan», ce n’est pas du chiquer, je change de quartier.

«BEN, SI C’EST ÇA LA JUSTICE!»

Je transpire, je franchis une porte derrière mes guides, je descends quelques marches,je tourne à gauche,un couloir,au fond encore une porte en fer attaquée par la rouille,une clef dans la serrure,un tour,puis deux et plus rien,ils attendent quoi,le déluge? mais non de l’autre côté une clef s’actionne, la lourde s’ouvre, je change d’hirondelles.

Deux hommes vêtus d’un complet de croque-mort coiffés comme les facteurs m’emmènent en grande pompe le long d’un tunnel dont je ne vois par la fin,il fait noir, un faible éclairage permet de nous distinguer,soudain, sautez, me dit-on!

Je suis leur exemple, je saute, c’est une flaque d’eau, je continue de suivre le mouvement pour arriver devant une immense grille,derrière l’obstacle c’est la prison,un surveillant me dirige au vestiaire.

- Allez déshabilles-toi!

- J’enlève mes chaussures, ma chemise et le tricot.

- Ton pantalon!

- Ton slip!

- Alors tu l’enlèves ce slip?

-Me voilà nu!

-Abaisses-toi!

-Quoi!

Abaisses-toi comme ça là et prenant la position que nous prenons tous qu'on va caguer, il donne l’exemple,un peu plus un peu moins,au point où j’en suis, je m’exécute,j'ai appris par la suite, qu’en m’abaissant,si j’avais caché quelque chose dans le cul,il s’en serait aperçu.

Mes papiers,ma montre,mes lacets retirés,on me charge de couvertures, draps et couverts,je suis le guide au premier étage!encore une porte,des escaliers, puis une infinité de petites portes numérotées avec fenestrons au milieu,arrivé à la n°68,j’espère encore,mais lorsque à l’intérieur de la cage,la porte se referme, je subis une telle détresse qu’aucun écrit ne peut exprimer.

J’hurle désespérément,c’est un prêtre qu’il me faut,de l’autre côté on s’interroge,j’entends dire,sûrement un cabestron,laisse tomber!

Mais ils finissent par rendre compte,un curé est là,ses paroles résonnent,mon pauvre enfant,soyez courageux, demandez pardon à «Dieu» de vos péchés et de là il n’en sort pas,je n’en supporte pas davantage,je le bouscule,je lui crache au visage,il s’affole,sonne le gardien et s’enfuit apeuré.

«BEN SI C’EST ÇA L’EGLISE!»

Cette première incarcération comment la relater,les mots n’existent pas,à genoux, mon visage sur la paillasse,je griffe le sol de désespoir en appelant Elysabeth, Elysabeth, ma souffrance s’accompagne de gestes de révolte,la cellule se transforme,de la paille partout,la paillasse c'était avant.

Je refuse ma nourriture,le surveillant chef tente de me calmer,me fait espérer une visite, me donne de quoi écrire.

Rien ne peut adoucir mon désespoir,je ne trouve pas le sommeil,mes révoltes souvent se transforment en écrits rhétoriques et brûlants adressés à ma femme.

Le Juge d’Instruction,c’est comme ça qu’on l’appelle,celui là s'appelle Cécaldi n’a jamais autorisé leurs expéditions,je l'apprendrais par Elysabeth trente ans plus tard dans des circonstances relatées à la fin de cette première partie du manuscrit.

C'est mercredi après-midi, jour de visite, peut-être qu’Elysabeth viendra,mon numéro de cellule est appelé à l'interphone, je trépigne d'impatience,je suis le gardien, pourquoi la direction du bureau du surveillant chef? un huissier en civil est là, il me signifie une demande en divorce,je n’en peux plus, on me soutient pour rejoindre ma cellule.

Après avoir avalé du gardénal que je me suis procuré cette nuit là,je m’ouvre les veines,mon poignet gauche est frappé à la même entaille une douzaine de fois,le gardien de service finira par en rendre compte,des bruits de pas et de portes me parviennent,des discussions s’engagent à l’étage au-dessous,seul le directeur de la maison d’arrêt peut autoriser d’ouvrir une cellule la nuit.

Une heure plus tard,on me transfère à l’hôpital,du lavage d’estomac à recoudre la chair,le mal m’est agréable.

Mes parents ont reçu anonymement la coupure de journaux relatant mon arrestation, ma mère dépêche mon père de venir à mon secours, au parloir, mon pauvre père le regard triste ne semble pas perturbé, il ne me dit pas un mot, si ce n’est pourquoi tu pleures.       

Le lendemain un maton m’interpelle,qui est ce monsieur qui est venu vous voir? je répond mon Père.

Le surveillant me dit,il vous aime, je l’ai vu  dans une marche à la sortie de la maison d’arrêt, assis, la tête dans ses mains en train de sangloter,j’ai tenté de le calmer.

Quatre mois plus tard,le Tribunal me condamne à treize mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pendant trois ans.

L’énorme porte d’acier s’est refermée derrière moi,je suis libre, mon père m’attend,je veux revenir chez les auteurs de ma détention,mon père me suit.

A travers le vitrail d’une porte fenêtre,je vois un visage livide,celui d’Elysabeth auprès de notre bébé.

Elle m’aperçoit, quitte la pièce précipitamment.

Sa mère arrive,m’ouvre,d’un éclair je serre ma fille,mon père est sur mes talons,par son intervention,ils ne se sont pas revus depuis le mariage,ma belle mère m'autorise une entrevue avec ma femme.

Pendant qu’ils s’expliquent,je franchis les marches me séparant de la chambre où elle s’est réfugiée.

Dans un coin de la petite pièce dans un coin de mur,elle est là, le dos tourné, les bras ballants,elle regarde ses pieds,doucement je m’approche,elle ne bouge pas, ses mains se crispent,s'ouvrent et se ferment,je dis doucement,tu veux divorcer, c’est vrai?

D’un coup elle se blottit contre moi,en sanglotant,dans l’heure suivante,ma belle-mère remet tout le monde d’accord après m’avoir fait accepter de reconnaitre mes fausses accusations à son égard,je reconnais tout ce qu’elle voudra.

Le cauchemar semble se dissiper,toute la famille accompagne mon père en gare,le train va partir,ma belle-mère la larme à l’œil l’embrasse,lui fait de belles promesses.

Tous ignorent ma transformation la première incarcération est dangereuse,la souffrance que j'ai enduré aura des conséquences.

On se comprime, on cache des réactions indicibles, elles vont vous arbitrer et diriger malgré vous,la tension nerveuse comprimée va être une source d’explosions.

Puis c’est le réveillon de Noël,je décide de sortir pendant la veillée prendre un bol d’air pour éviter les effusions de minuit.

Il est une heure du matin!sur la pointe des pieds,je franchis les marches,je suis dans notre chambre,braquant ma torche sur le visage de ma femme,je lui demande de s’habiller pour m’aider à retirer ma voiture en panne, du milieu de la chaussée à quelques pas de là.

Celle-ci refuse de se vêtir pour si peu, passe un peignoir,au passage je laisse un mot dans la cuisine,je demande à Elysabeth de prendre place dans la voiture prétextant de lui montrer la manœuvre à faire.

je me porte près d’elle, un grincement de pneus déchire le silence,en un rien,je sors de la ville,pas un mot n’a été échangé.

Le véhicule file,avale les kilomètres,je romps le silence,je t’enlève,d'un élan elle se blottit contre moi,c’est bien beau mais je suis fauché,j’ai signé un chèque sans provision pour faire le plein d’essence.

Je me rend à Aix en Provence,aux Milles chez ma cousine Juliette Egio,tôt le matin je sonne à sa porte.

Je l’informe de ce qui se passe,on habille Elisabeth, on m’avance de l’argent,je me dirige vers Systeron puis Gap pour atterrir au barrage de serpenson,là ma cousine Elianne,et son mari Angelo chef d'équipe au barrage de Serpenson nous héberge,ce sera notre lune de miel dans la neige,

Un mois sans Flore,je décide de partir seul chercher ma fille,Angelo me conseille d'aller avec ma femme et de revenir ,il me trouvera du travail.


Je ne suis pas revenu,les évènements d'Algérie me font changer d'avis,après avoir réussi à nous faire remettre notre fille,nous embarquons dans la même journée,la Caravelle atterrit sur ma terre natale.

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DRAME:
(Des années plus tard j'apprendrais qu'Angelo avait eu un terrible accident, un énorme bloc de pierre etait tombé sur lui, il mourra lorsque le cailloux sera retiré, ma cousine ne s'en remettra jamais)
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Monsieur le Juge de l’application des peines informé par les beaux-parents de mon départ déclenche un avis de recherche,un inspecteur de police du quartier me signifie une convocation de me rendre à Toulon si je ne veux pas voir mon sursis révoqué à 13 mois de prison ferme,je ne pars pas!

Mes parents inquiets tentent de me raisonner,les lettres de ma belle mère sont là pour leur donner raison,trois mois plus tard deux agents de police me ''lève'' et m’obligent au respect de la loi,je débarque à Marseille,ma femme et notre enfant sont restés chez mes parents.

Je prends pension à Toulon dans un hôtel à bas prix.

Le Juge d’application des peines m’impose une visite par semaine et me parraine d’un guide assistant Mr Renault,pour un reclassement,je dois lui rendre compte de mes faits et gestes.

Quelques jours plus tard Férroucho mon beau-père surveille ma sortie d’un restaurant,reviens à la maison,nous n’avons qu’Elisabeth,il n’a pas besoin d’en dire davantage,je le respecte et je l'aime.

Un peu plus tard ma belle-mère me promet la facilité,nous allons vous aider,je refuse,mon esprit encore chaud de l’incarcération,chaque semaine en me rendant au Palais de justice pour les contrôles,je passe devant l’énorme porte de la prison et ça bout dans ma tête,je ne suis plus le Raymond d'Oran.

j’ai en mémoire les paroles de mon épouse, me relatant le piège,à la requête de sa mère,un ami Paul Directeur de la N.P.E avait imaginé la solution de me faire incarcérer,en faisant hospitaliser ma femme dans cette clinique Saint Vincent,et le piège a pleinement fonctionné,les journaux avaient brodé en lettres grasses:

«LE TECHNICIEN MARTI NE SAVAIT PAS QU’IL NE FALLAIT
PAS BATTRE UNE FEMME MÊME AVEC UNE FLEUR».

je n'ai jamais brutalisé Elysabeth!

Elisabeth dans chaque lettre m’écrit son impatience d’ètre auprès de moi, je me languis aussi,mais je n’ai pas de maison et je finis par accepter l'aide de ses parents.

Ma belle mère a trouvé un deux pièces en face de chez elle,je refuse d’ètre aussi près,j'accepte un appartement à l’opposé de la ville,pendant quelques jours,c’est l’aménagement,Elysabeth peut venir!

J’ai hâte d’avoir ma petite dans mes bras,bientôt je serai père pour la seconde fois.

D’une terrasse à l’aéroport de Marignane je suis l’évolution de la Caravelle,
le mistral souffle,je me sens bouillir,je la vois, on s’affaire autour d’elle,une hôtesse tient ma fille,ils prennent place dans un petit car qui se dirige vers la sortie,je dégringole les marches,me voila dans la grande salle.

A travers les larmes et les baisers nous nous promettons un grand bonheur.

Malgré mes démarches pour obtenir un emploi, je demeure inoccupé,comme magasinier chez un grossiste,des promesses!livreur de fromages!refus,dans un journal comme pigiste c’est Elysabeth qui parle pour moi,rien à faire!même sort dans ma spécialité,je propose à un magasin de télévisions de m'employer comme dépanneur, même sans salaire,c'est vrai.!

Le bureau d'approbation va avoir un délinquant modèle à reclasser,le parrainage de mon délègue Renault est inopérant,malgré sa bonhomie il n’y peut rien et ses tentatives pour me trouver un emploi n'aboutissent pas.

Plusieurs mois se sont écoulés sans plus de succès,je n'ai plus le sous,ma belle mère sait quel parti tirer,elle a accepté notre essai de vie en solitaire et dit à qui veut l’entendre que je manque à mes devoirs,elle ne paiera plus et nous demande de revenir chez elle,nous refusons,mais mon épouse finira par se laisser convaincre...

Il me faudrait pourtant lui montrer que sa mère se trompe,mon incapacité n’est que temporaire,si pour éviter une bataille,il suffit que l’un des adversaires la refuse,là au contraire pour gagner il faut être deux et je suis seul, avec des spectateurs qui assistent à mes débats.

Qui peut m’aider? «Dieu» ou le diable qu’importe, j’accepte!

La solution existe,l'être in averti va se faire mal,là on n’est plus seul,on va trouver l’allier,le conseiller,l’exécutant,Tchimo.

Je le vois dans la glace, ses yeux sont clairs et brillants,ses cheveux longs,je fais sa connaissance,ses principes sont différents et je ressens un curieux bien être.

«A DÉFAUT DE GRIVES, L’ON MANGERA DU MERLE»

Je vais réagir,j’ai de plus en plus de mal à ramener au domicile une épouse trop faible à chacune des visites qu’elle rend à sa mère,puis ça empire,elle passe deux nuits sous le toit paternel,j'ai toutes les peines du monde à la faire revenir.

Ma décision est prise,je vais suivre les conseils de Tchimo,toutes les nuits je le retrouve,cette nuit là,je prend la direction vers les hauteurs de la ville.

Un peu plus loin un monument en marbre,une immense Vierge taillée dans le plâtre impose majestueusement son visage,un peu à droite une croix avec un tronc d’èglise.

Tchimo s’agenouille et prie,dans ses mains un démonte pneus qu’il cachait sous des frusques, d’un coup sec,crack!

Le tronc laisse apparaître près d’un kilo de monnaie,de nouveau à la prière, il promet de rendre l’argent plus tard, «la vierge lui a souri».

Je vais pouvoir parer au plus pressé et payer mon loyer,mes connaissances augmentent dans l’arrière salle d’un bistrot,j’assiste à des parties de pokers invité par un bon mec (*Chinco qui ne survivra, dans une partie ca s"est mal terminé), autour d’une table ronde,huit joueurs avertis tentent de se vider les poches,les billets défilent et mes idées aussi.

Le lendemain me voilà à l’étude d’un petit livre m’expliquant les règles du jeu,une semaine plus tard,je laisse sur le tapis toutes les chaînes en or et bracelets de ma femme et de sa mère que j’ai pu trouver à la maison.

Et rien à manger,ce soir là, dans un village voisin, de nombreuses caisses sont entreposées devant une alimentation,vers deux heures du matin Tchimo charge sa 15 CV Citroën après avoir fait le plein tuyauté d’une essence pas chère.

Pendant plusieurs semaines,Elysabeth se nourrit du même menu,des œufs, du fromage,du chocolat,des fruits de toutes sortes.

Si Elysabeth ne pose pas de question son aboulie va disparaître,il me faut vite, me procurer du fric.

Tchimo organise des parties de poker dans l’appartement,mon épouse est dans sa chambre,chaque matin je lui remets l’argent de la carre et je dors la journée,ça ne dure pas!des ombres furtives apparaissent autour du logement, un à un,les joueurs s’éclipsent et la partie tombe à l’eau,les flics me surveillent.

Cette fois Elysabeth parle,Il te faut travailler! tu n’as plus d'argent,je vais retourner au Mourillon! être séparé,j'ai peur de la calamité morale qui s'en suivrait,non,je vais en avoir de ce maudit pognon.

Il est minuit, la D.S.fait plusieurs fois le tour d’un pâté de maisons,la citroën se gare,Tchimo s’éloigne dans l’obscurité,ils emboîtent le pas.

Le trio s’engouffre dans un couloir,les cinq étages sont rapidement escaladés, quelques marches,un vasistas,ils sont sur le toit,d’une maison à l’autre une trentaine de mètres,ils sont à pied d’œuvre,une petite ouverture vitrée,les trois compères se faufilent.

Tchimo se trompe,quelque chose ne va pas,ils ne sont pas dans les lieux,tout autour des couronnes mortuaires,des cercueils,des vases,c’est une maison plus loin le rendez-vous!

Nous franchissons trois portes qui ne résistent pas,là une commande d'alarme mise au point mort et nous nous trouvons dans la pièce,derrière un tableau,le petit coffre mural.

Dans la rue,un fourgon noir tous feux éteints s’est arrêté,le fourgon de police fini par s’éloigner.

Viens voir!on oublie le coffre!dans l’armoire métallique des dizaines de tiroirs,des enveloppes,dix, vingt, cent...

Dans chaque enveloppe du pognon,des chèque,les billets changent de place,ça va comme ça,on fout le camp,dis Criquet!

Pas d’accord,Tchimo veut le coffre,un dialogue de sourds s’ensuit,le ton monte,une heure après le coffre aussi sur le toit.

Un travail de romains,outils, enveloppes,coffre et un sac chargé de pièces de cinq francs,ça pèse, mais le cœur y est et ça descend.

La D.S. se dirige vers le Mont Faron,le coffre est ouvert et nous nous rendant à la loubiere dans mon appartement,les chèque et les enveloppes brûlent, le w.c. par la chaleur se brisen,environ 120 briques,les comptes sont faits,contemplant toutes ces liasses là, devant moi,''je ne ressens rien''.

D’un bond, je suis dans notre chambre,Elysabeth, vient lève-toi!que veux-tu, viens! silence,puis un cri,elle regarde fixement les billets qui déchaînent sa colère.

«Il faut brûler cet argent!», «Ben! Vas-y!».

La cuisinière à gaz est tout indiquée,elle ne brûlera rien, j’ai pris tous les risques pour ce fric et pour elle!

Le lendemain Tchimo à genoux devant la Croix tient sa promesse, introduit dans le tronc plusieurs liasses,«la vierge lui a fait un clin d’œil».

La 15 CV roule vers la frontière, Monté Carlo derrière nous,nous sommes en Italie, nous passons le col du Braquo,nous allons à Sarzana chez ses grands parents,Elysabeth ne cesse de dire,c’est ma mère qui a du chagrin...

Il y en a marre,ta mère,ta mère et des moments heureux apportés par les énormes «cartables» de 1000 Lires des billets italiens.

Il semble qu’Elysabeth a moins honte de toutes ces facilités,les jours suivants,miséricorde,elle semble avoir oublié la provenance de notre magot,au nom de la Nona, à la Spezia nous devenons propriétaire d’une magnifique Lancia décapotable à deux places.

Tout semble plus beau, même la 'Tour de Pise semble s’ètre redressée,on y passe plusieurs journées.

Le contact avec la misère,c'est le passé,la citroën est garée dans un garage de ce petit village,je reviendrais la chercher plus tard,un compte est ouvert dans une banque où je place la plus grande partie du pognon,c’est la Dolcè Vita.

L'apathie de mon Italienne a fait place à de la complicité,dans ses yeux, une ardeur inconnue,néanmoins je reste attentif à une rechute possible.

Un télégramme,enfant malade,revenez!nous repassons la frontière en sens inverse avec la nouvelle bagnole.

Flore a une angine,ma belle-mère en accord avec mon épouse annule la location de la maison,je suis le mouvement,il me semble que ma belle mère tend à me faciliter les choses,elle pousse même ma femme à accepter mes sorties du soir et ne me parle plus de boulot.

Toutes les nuits je retrouve Tchimo et les randonnées nocturnes se poursuivent,de nombreux organismes reçoivent notre visite à leurs dépens.

Dans les bas quartiers,je fais connaissance d’Agnès,je te plais,tu me plais, non ce n’est pas si simple!

Je ne fais pas deux mètres,près de la rue du Canon,un individu à l’accent parisien,suivi d’un ''fino'' m’interpellent et toi! on veut te causer!

Le parigot s’enhardit,c’est ça ton mec, il n'a pas d’abattis,c’est une tantouse ma parole! Il sort du Grand Guignol! non sans blague!je n’ai pas placé un mot,l’assurance du Coco m’impose la prudence,mais Tchimo est là,viens! je vais te noyer là, où je te tue ici!

L’homme à l’accent de Paris s’est tu,un violent coup à la tête l’a soulevé de terre,il est sur le cul, deux coups de pied dans la gueule,pas d’abattis...!le fino s'est enfui.

Malgré le froid de février,torse nu,la chemise et la veste d’une main, dans l’autre les cheveux du gloussard trainé sur vingt mètres vers le port de plaisance,en guise d’amende à percevoir ''l'aristo est servi et donne tout ce qu'il a et quittera la ville la meme nuit.

Me voilà entretenu,t’es beau,me rabâche la fille,sans doute ma bagnole,mon chapeau Borsalino en paille blanche et le costume de méme couleur que j’amène d’Italie sont des avantages.

Malgré l’exaspération de la belle-mère,baromètre à influence,je continu dans le même chemin,mon épouse ne parait plus en faire un monde,elle s’est accommodée, même sa mère parait joviale, c’est sans doute mon argent qui aide à cet état.

Ce jeudi,on sonne, un violent Mistral souffle,Il fait déjà nuit,ma belle-mère lève le ton et un dialogue se poursuit un long moment,passez votre chemin!, dit-elle! un clochard devant la grille demande la charité,ses espadrilles sales et trouées,une barbe de plusieurs mois,le clodo insiste,j’interviens le pauvre hère a un mouvement de recul,viens!surpris, il avance,tu vas manger, tu vas avant laver tes pattes sales et enlever cette barbe!

Ma belle-mère tente d’intervenir,je lui cloue le bec,je dirige l’homme à la salle de bain,frotte mon gars,lave toi et passe ces nippes,il est tout neuf.

Son regard anxieux me fixe, mais il ne voit rien,je lui fourgue de l’argent et lui demande de partir.

Je ne suis pas sorti ce soir là, de singulières pensées viennent à mon esprit,la nuit a été longue,une interminable insomnie,je me vois dans ce malheureux.

Ce matin là, la belle-mère m’appelle, un monsieur en civil me signifie une nouvelle requête en divorce,une heure après,j'apprends le départ de ma femme dans un camp de vacance,tu l’as cherché me dit-elle

Ma fille est honnête,tu as cru qu’elle accepterait cette vie,pauvre imbécile!la belle-mère parle longtemps,comme un automate,je me laisse tomber dans un fauteuil.

Je ne peux pas parler, je ne peux pas pleurer et cette femme qui ne se tait pas,en ce moment,je parais dans ma vérité et l’on peut voir un fond d'abîme dans mes yeux morts.

Je ferai tout ce que vous voudrez! rendez-moi ma femme!

Je ne peux plus rien pour toi,parts,change,travail,fait preuve de volonté plus tard on verra,elle te reviendra si tu sais la gagner,quitte Toulon.

Je n'ai pas besoin d'argent,mais je vais jouer le jeu,ma Lancia file vers l'Italie,à Vintimille,j'ai fait durant quelques semaines pécheur et depanneur de de telé et autres,puis dans une brasserie le Marco Polo durant 6 mois comme ''camérero''je sert et fais danser les touristes,puis la même chose à saint Remo.

Je ne peux pas ressentir l’attrait d’une fille,dans tous mes accouplements l’épouse apparait et je suis de plus en plus au bout du rouleau.

Lorsque l’intensité de mon désespoir atteint son paroxysme,comme je vous le dis,je cours dans la nuit assoiffée de repos vers l’Eglise du pays,là, comme c’est minuit, tout est noir et silence,d’un élan, je saute la grille, je brise un carreau, pénètre dans les lieux,je distingue les saints,je pleure longtemps, secoué de spasmes, enfin le repos et le calme à mon esprit, je parts apaisé,je reviendrai souvent de la même façon pour surmonter les moments où le désespoir est virulent.

Je suis déterminé à reprendre une vie saine pour mériter le retour,toutes mes actions sont portées vers ce bût,prouver que je suis capable de reclassement,je vais avoir deux enfants.

Les jours sont passés, j’en ai assez bavé,je décide de revenir à Toulon et de plaider ma cause,onze mois à vivre par mon travail, c’est quelque chose!

Je sonne au n°12, on n’a pas l’air pressé d’ouvrir,j’insiste, la porte reste
fermée:

- Qui est là? Raymond,- Que veux-tu?Ouvrez!

Mais la belle-mère n’est pas d’accord, mes supplications restent vaines,mon excitation n'a d'égal que l’accoutumance à mon malheur,cette nuit là, désesperé, je reviens dans la villa, sans faire de bruit,j’ouvre une petite porte, celle du poulailler où je m’écoule, je ne suis pas dans sa chambre mais je suis si près d’elle! la nuit est longue.

Au matin,le oh de surprise de la matrone me rappelle à la réalité et à l’inconvenance de l’endroit.

Tu es fou,tu as pris froid,que fais-tu là!je suis fou,je ne peux plus m’éloigner de vous,mon enfant est-il né?

Mon pauvre, oui tu as deux enfants,Louis est né,mais ta femme ne veut pas te voir,repart,laisse faire le temps!

Quoi,vous m’aviez promis,si je changeais,j’ai changé,je veux voir mes bébés…

Malgré mes supplications, je ne suis pas autorisé,je ne me contrôle plus,un voisin tente de me faire sortir, d’un coup c’est parti,l'abruti est sans défense.

Je m’enfuis sans avoir pu serrer mes enfants contre moi,je repars pour l’Italie,je reste cinq mois, mes angoisses s’aggravent,je reviens à Toulon où je loue une pièce.

Cette nuit là, l'altération de mes facultés n’est pas un doute,à quarante kilomètres de là, la sainte baume,mon fantasme, me rendre pieds nus dans la nuit pour supplier la vierge de me rendre ma femme.

J’ai longtemps marché,je n’ai pas été jusqu'au bout,le jour est arrivé et en même temps mon désir s’est enfui.

Un car me ramène en ville,Tchimo se manifeste à nouveau,j'ai tenté de l’éviter et de le fuir, il reste mon plus fidèle compagnon.

Agnès glousse de satisfaction, elle me présente trois cousines et mes ressources augmentent.

Je tente une démarche sans espoir au Mourillon,c'est négatif,les portes restent closes et un tournant s’opère,malgré les tentatives du Juge de l’Application des peines et de mon parrain délégué, on ne peut résoudre l’énigme, mon droit pour voir mes enfants n’est pas respecté,à chaque visite, une corrida,mes idées de travail c’est le passé.

Toutes les nuits je retrouve Tchimo!

'' Sombre le jour, je m’éclaire dans l’obscurité ''.

Pendant un temps je crois oublier ma femme dans des rapports avec les plus belles filles presque chaque jour une nouvelle ''nana'',là va être mon problème, Elysabeth sera présente et je ne peux en guérir.

Agnès et les cousines commencent à s’inquiéter et se jalousent et font les difficiles,pour tout arranger,les rouquins,deux truands qui se donnent des allures viennent mettre leur nez,on me fait savoir par un ''Gigolo'' de laisser tomber les filles,je cherche les rouquins.

Ils sont attablés devant leur bar,je tire sur le frein à main et saute de la décapotable sans ouvrir la portière,je vais parler,lorsqu'un des frères le plus boutonné et pointilleux,me prend à la cravate,écoutes bien,tu vas laisser tomber,il n’a pas le temps de terminer, un coup de tête à la tempe, il est sur le cul,rouge de colère,son frère s’en mêle,les poings succèdent aux coups de pieds des amis communs interviennent,je me suis retiré.

Dans la soirée au bar des rousquillos,je me pointe,un ami Marseillais petit Jo me précède,il tape de sa grosse patte sur le comptoir et demande où sont les rouquins?derrière le comptoir on se tait,deux jours plus tard l’affaire est réglée devant un verre.

Cette nuit là,dans un cabaret dirigé par un homme de couleur,une jeune amie du tôlier,16 ans à peine me matte,elle est d'une rare beauté,le lendemain au moment ou je vais la prendre,elle me dit je suis vierge et d'aller doucement,
ça m'a coupé la chique,allez comprendre,peu après le tôlier vient me voir pour me dire que je fais souffrir sa pote et me demande pourquoi je l'avais repoussée,j'ai rétorqué énervé,çà c'est mon problème...

Ce jour là une de mes bonnes amis me demande si je serais d'accord de la libérer,elle souhaite se marier,ok,

Elle me présente comme je lui ai demandé son compagnon,un jeune marin qui veut savoir ce qu'il doit payer,je répond vouloir régler çà avec Michelle,
le lendemain mon amie vient me rejoindre comme convenu,elle me tend l'enveloppe,je refuse,

Je lui demande d'aller mettre les 500.000 anciens francs dans le tronc de l'église en face ou je lui avez donné rendez vous.

Mon stage en Italie n’a pas été inutile,partout où je suis passé de jour,je repasse la nuit.

Une amitié avec un florentin me donne une information qui peut servir,ses possibilités de me fournir en armes tout un arsenal,un tank si tu veux!directe usine !toute direction!

Tchimo, Petit Jo et Criquet s’en donnent à cœur joie,les billets sont plus nombreux et les risques aussi,ça dure quelques mois,à chacun de nos voyages de nouvelles idées,nos passages sont remarqués et nous laissons tomber.

En Algérie on se bat,j’ai le sang qui bout à chaque émission radio,chaque événement sanglant de plus en plus meurtrier est pour moi un appel,le Général de Gaulle nous abandonne.

Le Juge d’Application des peines refuse mon départ,au diable ma femme! une de perdue,dix de retrouvées!je parts en Algérie.

Quelques visites avec Michel Pampa,un spécialiste pour pénétrer ou il  veut!je crois qu'il vit aujourd'hui à Alicante.

La récolte a été bonne,cette nuit là,la Citroën se gare dans l’obscurité,petit jo,Criquet et Tchimo se séparent.

Cette même nuit, je prépare mes valises,ramasse mes économies et prend la direction de Marseille,au matin j'embarque la voiture dans le ville d'Oran

J'arrive deux jours plus tard dans mon pays d'origine,je vais semer la plus ''grande merde''qu’on puisse imaginer,j'ai proposé l’information du Florentin à un ami d’enfance,je me vois attribuer une méfiance de la part d’un responsable,découragé,je m’adresse à un autre quartier,puis un autre,toutes les cellules d’Oran sont informées,d’un réseau à l’autre, je suis l’objet d’une surveillance à l'entrée de l'immeuble.

Mes parents informés interviennent par un certificat médical d’un psychiatre présenté à  un responsable qui me prennent eux pour un envoyé barbouze.

Puis les promenades,de la planque à la cavale,enfin cette nuit là,dans le véhicule,deux hommes,les frères Rodriguez,d’une trentaine d’années me harcèlent de questions, je ne démords pas de la même réponse pour moi, vous ètes des flics et non de l'organisation.!

''Lé vo a dar ouna oianta''dit l'un,on va te mettre une balle dans la tête et te jeter en bas,dit l’autre,à quelques mètres,c’est les falaises de Gambetta, je répond gardez les balles pour les enculés,vous me jetez en bas,vous me crevez pareil!je n’ai pas peur, un léger palpitement,ceux sont eux, les hommes m’embrasent.(.....


                                        26 Mai 1962

Je connais cette ville, je n’ai pas les moyens d’aller ailleurs,mon esprit est toujours dirigé vers une jeune femme du bord de mer qui tient à distance mes idées,je n’y peux rien,les mois écoulés n’ont pas suffit,c’est un menteur celui qui dit loin des yeux, loin du cœur.

La preuve c’est qu’au comité de l’application des peines on ne m’a pas oublié,après le serment réprobateur du Juge Arestin,on me dirige vers un service social pour délinquants.

Je décide de me rendre au Mourillon,je m’agenouillerais,j'implorerais son pardon,me voici au n°12, mon cœur bat très fort,je vais voir ma sirène,là derrière ces murs, mes enfants nous lient contre vent et marée,juges,policiers et référés.

Je sonne, je resonne,rien,silence complet,un cadenas ferme la grille,d’un élan je saute l’obstacle,je contourne le jardin de la cuisine,je m’approche,catastrophe!c’est le Pati!

Deux femmes en folies,leurs colères m’impressionnent,je suis resté quelques instants sans réaction,j’assiste à leur courroux,puis c’est parti,je bouscule les obstacles,les furies au train,je parcours les chambres,j’embrasse mes enfants.

Une corrida, je suis griffé,le beau-père court dans les escaliers,les appels au secours ameutent le quartier,il ne me reste qu’à décrocher!Il n’y a pas de solution.

   Les grands esprits concluent :''la souffrance anoblie'',ce précepte injuste et faux est une foutaise dangereuse,''la souffrance anoblie''! mais non, la souffrance vous ramène aux qualités naturelles nées avec nous,ces qualités seront étouffées,comprimées,disparues parfois,elles reviendront à la surface avec la douleur,ce précepte laisse entendre que le sujet délinquant ''c'est par qu'il souffre'' qu'il semble s'anoblir mais ce n'est pas  
réel, ce qui aura comme conséquence d'etre discrédité devant les tribunaux et déconsidéré  face à l'opinion publique.

On ne craint pas de perdre la source de ses malheurs,on la subit et on n’y peut rien,à ces moments aucune discipline n’est acceptée,on détruira en quelques secondes,les efforts de longue haleine pour sortir de l’impasse,ce ne sont pas des situations d’exceptions,qu’importe les motifs de la reconversion,les résultats sont identiques.

Un dard de malheur vous possède et c’est la solitude,Bécaud se trompe! on s’acceptera toutes les révoltes et tous les chemins,alors vous serez isolés, de plus en plus perdu et désorienté,passant des moments de chagrin à la violence et à la haine,voilà!dans ces conditions je vis! je bagarre, et je veux vivre!

Les gouvernements ou Prince laissent entendre que les délinquants sont rebelles à la volonté générale,alors qu'ils ne sont rebelles qu'à leurs situation de misère,et aux Princes qu'ils considèrent responsables de leurs maux.

Un tel précepte leurs interdit toute considération et véritables circonstances atténuantes,la délinquance devrait être différemment organisée d'autant que ceux qui réussissent une délinquance à cols blancs et qui nous gouvernent sont au dessus des lois (la cour des seigneurs).

La délinquance est une véritable terapie contre l'injustice insoutenable,elle est par nature révolutionnaire,qui sont ces délinquants ceux sont nos enfants,nos frères vos maris
                                                                   -----------

Un irrésistible désir de serrer dans mes bras Flore et le petit Louis hante mes nuits.les services sociaux et judiciaires ne peuvent rien pour moi,tout me porte à décrocher et finir dans d’autres cieux,m'arracher,me retrouver et refaire une nouvelle vie et tenter d'oublier,il faut le vivre pour comprendre combien c'est difficile,ce fût pour moi impossible,je l'aime éperdument.

Un après-midi,c’est jeudi,je me rends de nouveau au Mourillon,une porte-fenêtre est demeurée ouverte,je me glisse sans bruit dans la maison où je surprends femme,et enfants en suppliant je serre mes deux bébés dans mes bras,ma femme s’est enfuie et revient avec sa mère furibonde,on me traite de tous les noms, on me reproche de ne pas payer la pension,je balance au visage des deux femmes en folies des liasses d’argent.

Ma belle-mère un balai à la main,repousse les billets éparpillés ça et là jusque dans la cour en criant,l’argent du Diable! l’argent du Diable!je ne fais pas le poids, je sors en hâte.

Dans les hauteurs de la ville une nouvelle boite vient de se créer,je sympathise avec le gérant.

Mon prêt lui a permis de meubler et une belle décoration des lieux,trois mois âpres son engagement n’est pas tenu,il ne rembourse pas.

Un mois plus tard,des blousons noirs cassent tout dans l’établissement.

L’amitié les liant à Tchimo avait prévalu,ces mêmes blousons noirs tenaient à l'époque la ville en haleine par d'interminables bagarres rangées avec les marins de l'arsenal,ça courait de partout en bord du port,j'en ai sorti quelques uns de la merde en les prenant dans ma bagnole.

Ainsi peu de temps après,je me suis trouvé à la direction du saint Jams à la Loubière,pas un casse n’était commis dans la ville que la brigade criminelle venait me rendre visite et s’éclairer sur mon emploi du temps,souvent convoqué.

Cette fois le commissaire s'intéresse à mes fréquentations,j'ai quitté le commissariat central après la promesse d’en faire un Club Privé avec mention des noms de ses membres,ce que j’ai fait.

Tous les ''Galimotés'' de la ville avaient leurs noms inscrits,mes amis et moi en firent une liste qui n’allait pas convenir,les noms souhaités n’étaient pas mentionnés.

Entre temps une plainte pour abandon de famille,je reste rebuté à payer la pension que si mon droit de visite à mes gosses est enfin possible.

Je suis encore condamné pour abandon de famille,des amendes seulement grâce à l’intervention de Monsieur Arestin juge de l'application des peines !

Elysabeth va à l’école,celle des infirmières,chaque jour d’énormes affiches sont placardées sur les murs de l’établissement,une publicité sur le Saint Jams,suivie d’un libellé:

«L’ACCES DU SAINT JAMS,EST INTERDIT A TOUTE JEUNE FEMME NON ACCOMPAGNÉE DE SA MËRE».

Chaque semaine de nouvelles formules sont rédigées et à ce jeu je recommence à diriger mon esprit vers l’impossible,je tente à la sortie des cours de surprendre ma femme,mais elle se refuse au dialogue et ameute parfois les passants.

Une convocation au commissariat central,Farcini me soupçonne d’un vol d’armes dans une caserne militaire,mes dénégations les laisse gentils et bienveillants,ils me sourient,soudain, avec une grande amabilité:

Tiens, viens voir,un homme énorme avec des mains comme des pelles s’adresse à Farcini,pourquoi le soupçonnez-vous,c'est un gentil garçon,au même instant,il me balance sa patte au travers de la gueule,c'est un bon petit,il me relève et me recouche d’un coup de pied,puis c’est la valse vienoise.

Je ne les ai pas vu arriver,ils forment un cercle,cinq inspecteurs,tout le monde cogne,en me baladant de l’un à l’autre,sauf Farcini,il ne frappe pas, mais sa précision à me diriger sur les coups de masses des autres est réelle,je subis, je ne peux pas parler, on me transporte aux toilettes,on me ramène à la surface on m’asperge de flotte,puis nouvel épisode,les coups,les toilettes,l’arrosage et on recommence,le soir je leur remets un P38,je suis placé en garde a vue,le lendemain :

-Eux :Tu vas parler, dis!,les armes d’où tu les sors ?

-Moi :je vais tout vous dire

-Eux :un nom?

-Moi :Paco,«un nom bidon»

-Eux :quoi Paco

- Moi :on l’appelle comme ça

- Eux :le nom,puis des gifles

- Moi : je sais pas

-Eux : des coups encore des coups.

-Moi : arrêter, je sais où il demeure

-Eux : des gifles,où?

je sais où le retrouver,donnez-moi un jour,je vous donne des noms,Ils se concertent et téléphonent au Procureur,le dossier en attente et me libère.

J’avais mis dans un conduit de cheminée environ une centaine d’armes et de munitions.

Le même jour,je téléphone à Farcini,tu m’excuses, mais je préfère crever que balancer.- Où es-tu?- Loin- il se met à rire, je raccroche.

Un mois plus tard,je suis revenu à Toulon,je serai condamné, il n’y a pas flagrant délit,c’est une amende.

Dans la ville, les flics sont sur les dents,les casses augmentent,Farcini me lève en plein boulot au Saint Jams, un matin,pendant des heures ma tête sert de cible.

j’ai les côtes meurtries,on m’accuse d’étre l’auteur d'un braquage et d’agression,un témoin me reconnaît,les coups recommencent, pendant une heure,ma tête est démesurément agrandie jusqu'aux épaules,vers 19 heures, mes dénégations finissent par les lasser.

C’est le témoin qu’ils interrogent, il se confirme que je me trouvais dans un restaurant un moment des faits,le témoin admet pouvoir s’être trompé,il changera de trottoir.

On me relâche, je demande en vain de l'aide à ma belle mère,pendant trois semaines dans une chambre, sans sortir,une bonne amie me soigne,ma tête désenfle.

La semaine suivante, je surveille la maison du Mourillon,Flore est là dans le jardin,un peu plus loin mon petit garçon dans les bras de la grand-mère.

D’un bon, j’ai franchi les quelques mètres,la belle-mère n’a pas le temps de se rendre compte.

Flore est dans mes bras,ma voiture s’éloigne à tout ber zingue,ma fille est super contente de me voir,en galère les appels au secours de la belle mère!

Je me dirige vers le palais de justice,là un homme que j’ai posté me signale l’arrivée du bus conduisant Elysabeth à l’école.

Garé au bord du trottoir,j'attends qu’elle soit à ma hauteur,une barmaid du saint jams,s'approche: madame votre mari a enlevé Flore,et l’emmène en Algérie chez ses parents!la porte arrière de la 403 est ouverte.

Elysabeth tend la main pour agripper notre fille que la barmaid du Saint Jams tient dans ses bras,la main droite au volant,la gauche agrippe les cheveux de ma femme, à l’extérieur José d’un coup sec la pousse à l’intérieur de la voiture et ferme la portière.

Je démarre sur les chapeaux de roues,sous les cris aux secours d’une amie qui l’accompagne,je grille le feu rouge, un agent de la circulation.

je fonce droit sur l’agent éberlué,à un mètre de lui je tourne brutalement.

Au rétro,je vois José qui tient la main du policier tenant un pistolet qu’il veut braquer.

Je monte sur le trottoir et prends le sens interdit,fonce devant moi,cent mètres plus loin je reprends la bonne fille,Flore est sur les genoux de sa mère.

L’alerte est donnée, je quitte la nationale,je prends sur la droite,les routes de montagne,derrière, Elysabeth s’est calmée, un silence s’établit,la barmaid tente de le rompre,elle va en faire les frais,elle se voit gratifiée d’une gifle magistrale,Elysabeth est enragée,j’ai tout le mal du monde à décrêper les chignons,tu me le paieras,tu iras en prison!

La barmaid est larguée dans un village voisin avec mission de rejoindre Agde où j’ai le saint jams n°2.

Ma femme derrière parait plus calme,pas un mot n’est échangé,notre enfant dort.

Soudain,là devant, deux anges de la route,je tente le bluff,je roule lentement, j’ouvre la portière arrière,vas-y appelle,crie au secours et j'irais encore au trou si c’est ce que tu veux.

Mon véhicule s’approche des motards qui roulent à faible allure, à leur hauteur,je m’attends aux appels qui vont me condamner,miracle! j’ai doublé dans le mutisme le plus complet de ma bergère,j’accélère!

Peut être ont-ils mon signalement?mais non,les deux hirondelles se perdent à l’horizon.

Pourquoi n’as-tu pas appelé? «Dieu» te punira! et puis un long silence,j’ai roulé toute la nuit,des arrêts pour nous ravitailler,les journaux du lendemain relatent l’enlèvement en première page:

«KIDNAPPING A TOULON, UN HOMME KIDNAPPE UNE FEMME EN PLEIN JOUR,BOULEVARD DE STRASBOURG SOUS LES YEUX AHURIS DES PASSANTS, L’HOMME TIENDRAIT DES EMPIRES DE LA NUIT».

Les premières lueurs de l’aube apparaissent,se détachent des montagnes enneigées,la brume se retire,luttant contre la fatigue et le sommeil, je continue mon voyage pour faire une halte à Digne puis à Barème,du lait frais sera le bienvenu.

Elysabeth prend un gros morceau de pain et de fromage qu’elle dévore rapidement, je lui amène une tasse de café dans la voiture.

Je ne m’attarde pas, je reprends la route,j’ai beau essayé d’engager la conversation,derrière ceux ne sont que des soupirs d’agacements,je prends mon parti et je la ferme,tout à coup,arrêtes!, me dit-elle

-Éloigne-toi
-Pourquoi?je n’ai pas à te le dire!

Je m’éloigne, Elysabeth ouvre la portière,met le pied à terre sur la neige molle,elle avait envie de pisser et toute frissonnante elle rentra rapidement dans la voiture.

Maintenant, la neige tombe abondamment, j’en profite aussi, puis je reprends le volant et redémarre en changeant de "direction", je chantonne ce que je ressens pour elle, j'implore son pardon,lui fait part de ma détermination de redevenir sérieux,mais elle ne parle pas,je suis prêt à tout pour la reconquérir.

Je n’ai pas pu la débrider,elle reste muette,nous venons de parcourir plus de six cent km, en direction de Givry en saône et loire ou vivent mes parents.                  

Soudain elle me demande qui est cette femme dans la voiture?J'ai répondu une serveuse,serait-elle jalouse?

Je lui débite tous les mots d’amour,je n’ai pas à me forcer,ça vient tout seul, je m’exprime doucement.

Le miracle s’accomplit,sa main caresse mes cheveux et ma nuque,je continue de conduire sans dire un mot,sa main n’en finit pas de me consoler.

Un peu plus loin dans un chemin de terre,elle se laisse aller,sa violence n’a égal que la mienne, avec une grande démesure elle se donne et se redonne et encore.

Nous passons la nuit à l’hôtel et on recommence,un petit lit pour notre fille.

Il s’agissait maintenant de jouer serré et de ne pas perdre l’avantage,nous irons à Agde,là, le commissaire du pays me passe les menottes,après avoir entendu Elysabeth en particulier,je suis relâché, contre les ordres du Juge CECALDI,à Toulon ayant délivré un mandat d’arrêt dans le Territoire.

Le commissaire me fait promettre de ramener ma femme dans les plus brefs délais à Toulon.

Du saint jams,je téléphone à la rédaction du Midi Libre de Montpellier,venez voir kidnappeur et kidnappée, peu après, les journalistes sont là.le lendemain la presse évoquera:

«MEPRISE, LE KIDNAPPING DE TOULON N’EN ÉTAIT PAS UN!»

Un homme ne l’entendra pas ainsi,le Juge,celui-là même qui avait ordonné ma première incarcération,Il signera la seconde sous l’inculpation de:

«VIOLENCES ET GUEZ-APENS AVEC PREMEDITATION».

Elysabeth poursuivra la plainte de ses parents et ne reconnaîtra aucune réconciliation de parcours.

«BEN! SI C’EST ÇA L’AMOUR?»

Cette fois le scénario je le connais, ma cellule portera le n°88.

Mes impressions sont différentes du premier séjour,des sentiments mêlés de soulagement font place aux impulsions de révoltes de la première incarcération,c'est le repos du corps et de l'esprit.

Je me plonge dans la lecture,je trouve la vie meilleure derrière ces murs,la liberté me fait peur! ici, on décidera pour moi, je n’ai pas à me débattre dans tel ou tel comportement,je n’ai pas à discerner le bien du mal,je n’ai pas à réfléchir de ce qu’il faut faire ou il ne faut pas.

ILS COMMANDENT !
J’OBEIS !
UNE PAIX ROYALE !

Je me sens loin des soucis, délivré de mes insolubles conflits,Il me semble être arrivé au bout du tunnel,comme j'étais loin du compte,dans le même endroit, je retrouve une liberté inconnue,Il y a un poids et deux mesures.

Je suis d’humeur joyeuse dès que l’occasion est permise,je bavarde avec les matons et les détenus,mon infortune est supportable, je suis chargé de la comptabilité.

Comme je me laisse aller à la méditation,je m’accroche à mes gosses,je revois mon petit Louis,un joli petit,aux cheveux clairs que je n’ai pas vu naître et que je n'ai pu approcher qu'à cinq reprises.

Dans l’établissement pénitencier,des pièces de réceptions,dans l’une d’elles je suis dirigé,une jeune personne, vingt cinq à peine, m’accueille.

Elle est belle cette femme,elle se présente,c’est un médecin psychologue, elle me parait dans une attitude passive, je suis désigné par le Juge d’Instruction pour vous entendre,je dois faire un rapport qui paraîtra dans le dossier,il faut dire la vérité!

Je lui débite mon mépris,et mes reproches contre la Société et le Juge que je soupçonne d’en rajouter contre moi,toutes les séquelles que je croyais enfouies reviennent à la surface.

je mélange tout,ma première arrestation et la seconde,je parle,je récite, je m’explique…

D’un coup, elle m’interrompt et me dicte de répondre à ses questions,je ne répondrais pas,elle mettra fin à l’entretien dans un flegme britannique.

Deux jours plus tard elle reviendra.

Je reviendrai vous voir demain,le lendemain,une dérogation aux habitudes de la prison sera prise par la psychologue,elle a fait aménager dans un quartier isolé le lieu des rendez-vous,je me laisse aller!

Cette cellule est plus accueillante,un bureau,deux tabourets,un petit poile à mazout.

Madame, je suis sûr, vous ne reviendrez plus,si pourquoi?,je me suis dirigé vers elle,elle n’est plus revenue,son rapport m’a été bénéfique,j'apprendrais des années plus tard qu'elle était l'amie d'une cousine germaine du côté de la famille Darmon,elle même pshycologue.

C’est jeudi, convoqué chez le Juge d’instruction pour une confrontation avec ma femme.

Le juge bon prince à son égard est hostile à toutes mes déclarations contraires aux siennes.

Il coupe court à l’instruction qui se termine en queue de poisson,je perds mon calme en maudissant Elysabeth,je réintègre ma cellule.

J'avais espéré de l’épouse un sursaut,elle doit éprouver une certaine satisfaction de me savoir là.

De nouvelles perturbations me secouent,dans la cellule une variante se produit, j’ai supporté à ce jour la détention plutôt bien, là, tout est remis en question.

Une excitation liée à l’indifférence manifestée par Elysabeth,ce matin me perturbe,l'idée m’est insupportable, réfléchissant à son attitude lors de la confrontation, a-telle quelqu’un d’autre? pendant que comme une bête je pense toujours à elle!,un bout de verre,je frappe à plusieurs fois mon poignet droit une dizaine de fois, le sang coule, je m’allonge sur le dos,l'image d’un autre caressant Elisabeth m'est insoutenable.

Le gardien de service a donné l’alarme,on me transfère à l’infirmerie,six mois plus tard,je serai condamné,mon sursis de 13 mois révoqué,je fais appel,une demande provisoire me rend la liberté suite  à l'intervention du juge de l'application des peines Me Arestin qui compatie,et a toujours pris position pour moi.

J'ai vendu dans de les plus mauvaises conditions le Saint Jams de la Loubiere.

La plus grande lassitude est en moi, je suis seul perdu dans une ville qui me fait peur.

Je tente bien des visites comme le veut la loi à mes enfants,je ne les verrais pas,les services sociaux interviennent sans plus de succès.

Dans cette période, un emploi m’est offert suite l’intervention de la cellule des rapatriés dans un petit village du Var, à Barjols.

Mes bonnes amies me rendent visite pour me faire revenir à Toulon,non je resterai là,plongé au travail,huit mois ont passé,mes parents me rejoignent, je ne serai plus seul.

La fille de mon employeur,17 ans,me trouve à son goût,discussions avec mon patron,et mise à la porte.

Une convocation de la Cour d’Appel à Aix en Provence.

Le Président: alors, Madame, vous avez passé une nuit à l’hôtel?

Elysabeth : oui, à peine perceptible

Le Président : dans deux chambres différentes?

Elysabeth : aucune réponse

Le Président : alors?

Elysabeth : les yeux baissés, un «non» difficile.

Le Président : Il y avait deux lits dans la chambre?

Elysabeth : un signe de tête de négation.

Le Président : mais alors vous avez couché avec votre mari!

Une amende pour avoir brûlé le feu rouge et pris le sens interdit.

Des amis et l'inspecteur qui avait procédé à ma première incarcération m’embrassent.

Maître Joseph Caporal était précédemment intervenu auprès d'un haut Magistrat pour l'informer,il poursuit sa plaidoirie dans un accrochage avec le Procureur sur un point de loi, dans les couloirs du Palais,le Ministère Public n’a pas du tout l’air satisfait du verdict!

De retour à Barjols, comme artisan,j'exploite un magasin et mes connaissances en électronique,je me rend de temps en temps au saint jams à Agde pour faire le point avec mon ami José Ordioni .

Il est tout juste 19 heures,je me dirige vers Varage au volant de ma voiture, je ressens un état de tristesse,je n’analyse pas pourquoi? comment définir cela,une impression de calme dominée d'une grande inquiétude et je vais découvrir qu'il existe un sixième sens.

Ce soir là, mes parents semblent très caressants,je n'ai pas dormi je serais secoué de pensées bizarres.

Au magasin ce matin,mon père n’est pas comme de coutume,il paraît attentif,rien n’est pareil,un journal sur mon bureau,dans les avis de décès,un nom inscrit: Marti Louis,décédé à Toulon le 26 octobre,inhumation à 10 heures.

Mes parents depuis la veille connaissent la nouvelle,un appel anonyme leur déconseille que je me rende à Toulon.

J’appelle le Commissariat du quartier,j’ai tout le mal de la terre à m’expliquer,maintenez le départ de l’enterrement jusqu’à mon arrivée,sinon je fais un malheur!

La manifestation d’agressivité sera vite dominée par le désespoir,c’est le sublime dans la douleur.

Une loque dans une voiture conduite à toute allure par un ami du village, m’emmène vers la ville de mes malheurs.

Nous voilà devant le n°12,des draps mortuaires,je pénètre dans les lieux,la porte principale est demeurée ouverte, une odeur d’encens,pas une âme qui vive dans la maison,je sors de la villa, je dirige le véhicule vers l’eglise du Mourillon,à cinquante mètres,une procession,c'est l'enterrement.

Dans l’eglise,loin derrière, je suis pris de vertiges,ma présence dans le fourgon mortuaire est refusée.

Nous nous rendons au cimetière de la Loubiére,les élèves de l’école d’infirmières sont là,et me dévisagent.

Au moment où les croque-morts vont déposer le cercueil dans le trou, d’un bond je les bouscule, en tirant les cordes, je retire le cercueil de son nid.

Je m’agenouille en embrassant le bois,n'ayant pas pu embrasser la chair, mon ami me ramène à Barjols.

Le commissaire qui avait procédé à ma première arrestation à la clinique me conseille de demander une autopsie ce que je refuserais.

Dans ces moments,une aggravation de tous les symptômes,je m’accroche, la résistance à ses limites,j’ai perdu le sommeil.

Ce jour là, pour un branchement électrique sur un monticule pour obtenir 
''telé Monté Carlo'',je vais me quereller avec un commerçant du village qui refuse le câble électrique qui passe à cinquante centimètre mètres de son terrain,je lui téléphone:

Écoutes, nous sommes tous les deux commerçants, nous allons régler notre différent à l’amiable,

Lui :furieux il me menace,où je te vois,tu morfles!

Moi:je monte,je te tue.

A cette époque Mireille Carle,une sacrée bombe sexuelle,propriétaire d’une usine de porcelaine à Barjols étions amants,j’ignorais que le commerçant en était amoureux .

Mes ouvriers tentent de me retenir,ma voiture est arrivée au lieu de rendez-vous.

Le baraqué, quelque chose à la main, s’avance,derrière sa famille hurlante le suit.

Ma première idée, c’est de reculer, de repartir,c’est plus fort que moi, je saute de la plymout.

Écoutes,vous êtes nombreux,tu as vingt kilos de plus! mais tu vas t’écraser!

je vais t’exploser,je pointe mon arme sur l’homme qui avance toujours,une balle est partie à ses pieds, il n’est pas touché,il continue d’avancer,si tu es fou d’avancer,je suis fou de te mettre une balle dans la tête.

Il s’arrête,comme de l’autre côté son beau-frère tente de s’approcher,je me tourne vers lui,je le stoppe net en tirant à nouveau sans chercher à l'atteindre.

Au même moment,les hurlements à la mort de sa famille se mélangent à la sirène du fourgon de Gendarmerie.

«Le lendemain la presse: Marti monte

A Draguignan, dans la maison d’arrèt,un nouveau détenu.

L’inculpation: «Violence avec arme», c’est la Correctionnelle, j’aurais pu écoper de: «Tentative de meurtre», ça c’est les Assises.

les enquètes rogatoires,le rapport du psychiatre,je m’en sors bien,je suis libéré quelques mois plus tard, une peine de prison avec sursis,le talent de Maitre Caporal,l'indulgence du Procureur ont prévalu parait il selon mon 
avocat,il il aurait eu des larmes en apprenant les circonstances de la mort de mon fils,le baraqué est venu m'embrasser et a témoigné en ma faveur.

«Elysabeth m'écrira trente ans après notre séparation pour me dire ''que j'avais violé son sexe'' pour l'avoir fait visiter par un médecin pour controler sa virginité,elle apprendra que ce fut sa mère qui avait pris cette initiative,et n'étre pour rien dans cette démarche».

J'ai appris à cette occasion que le Juge Cecaldi n'avait jamais autorisé mes courriers de désespoirs que je lui avais adressé lors de ma première incarcération.

Le courrier d'Elysabeth a fait,que nous nous sommes rencontré et j'ai pu revoir notre fille Flore pour la derniere fois,très heureuse de mon cadeau(......?).

Nous nous sommes rencontré dans un hôtel au Mont Faron,dans le balcon de ma chambre,Elysabeth me demanda de m'assoir face à elle en me fixant d'un curieux regard que je n'appréhendais pas,pour me demander: tu sais ce que signifie le mot ''karma'',*et de lui donner un foulard qu'elle a placé autour de mon coup,pendant une demi heure,elle n'a pas cessé de le tortiller autour en murmurant des paroles incomprhéenssibles ?

(((Karma, encore un mot et un vocabulaire d'analyses impérialistes, liées à la religion catholique et à l'ame, et à la resurection, mon cul))).  

Je l'ai revu pour la derniere fois en 2006 devant la cour d'assise de l'aude , elle temoignera contre moi.

La plus importante partie du manuscrit je l'ai ecrit prison à Draguignan, l'ors de ma seconde détention.

Malgré ce titre de ''Tchimo au bout du voyage'', un voyage pas encore terminé à 80 piges, il fallait avoir une sacrée envie de vivre, et de survivre dans ce monde impitoyable.

La suite dans ''Tchimo au bout du voyage'', 2eme Partie.



                                                                             
                                                                                
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